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Richard ou le monde moderne - Page 4

  • Le tourisme des ghettos

    Drôle de «safari» à Bushwick. Trois fois par semaine, un groupe de touristes en quête d’authenticité arpente les rues de l'un des quartiers les plus pauvres de New York —paradoxalement aussi l’un des plus branchés de la ville. Un journaliste de Dazed Digital a décidé de s’y rendre «pour mieux comprendre ce qu’il s’y passe»: «Pour être honnête vis-à-vis des “visites guidées pédestres gratuites”, le thème de la visite de Bushwick, c’est le street art. Et où pourraient-ils aller faire cette balade si ce n'est précisément là où il y a des graffitis? Ceci dit, cette troupe d’amateurs de squash habillés en Patagonia –qui pourraient bien se prenommer Margeret ou Dawson– et chaperonnés pour cette balade dans le coin, a un effet assez étrange sur moi.» Et l’auteur de l’article paru sur le site de Dazed n’est pas le seul à partager cet avis: «Je pense que les visites guidées sont vraiment très étranges», appuie Chris Carr, un artiste local et habitant du quartier depuis 2009. «C’est paradoxal. C’est un quartier dans lequel les gens ont peur de se rendre, sauf s'il s'agit d’une visite guidée. Ils ont une fausse impression d’être en sécurité, alors qu’ils l’auraient été aussi à 2h du matin, seuls.» La pauvreté à Bushwick n’a rien de tendance Il est vrai que Bushwick n’a pas toujours été aussi tendance. Et, pour certains, le quartier ne l’est toujours pas: 30% des habitants de Bushwick vivent en dessous du seuil de pauvreté, le taux de chômage est l’un des plus forts de Brooklyn et on y vit moins longtemps –en moyenne onze années de moins– qu’à Manhattan, situé à seulement un quart d’heure de métro. C’est après la Seconde Guerre mondiale que Bushwick a commencé à s’appauvrir en perdant ses moyens de production économique, jusqu’à déstabiliser sa classe moyenne. Dès les années 1980, la drogue et les problèmes sociaux font rage «et ce sont d’ailleurs ces mêmes conditions de vie hostiles qui ont donné naissance à une culture dynamique, mêlant mode, musique et art», ajoute le journaliste. Trente ans plus tard, ses loyers peu chers comparés au reste de la ville et ses grands entrepôts ont fait de Bushwick un paradis pour les bourgeois bohèmes. La gentrification est en marche. «Vous pourriez me dire que c'est la bonne période de la gentrification: plus de sécurité, des loyers abordables... Mais la guerre des investissements immobiliers entraîne la hausse démesurée des loyers et pourrait obliger les populations et les commerces locaux à se déplacer, tant que cela continue à augmenter», argumente le journaliste. Après avoir fini la visite guidée, le journaliste de Dazed écrit: «Je regarde les autres participants de la visite. Combien d’entre eux reviendront après le coucher du soleil pour boire un verre sans avoir le luxe d’être accompagnés? Comment se sentiraient-ils si des habitants de Bushwick arpentaient leur quartier trois fois par semaine, en montrant du doigt et en prenant en photo leurs maisons, leurs commerces, leurs rues?» Il ajoute: «Les visites guidées de favelas au Brésil sont aussi problématiques, selon moi. Mais, au moins, l’argent qu’elles génèrent revient directement aux membres de la communauté observée. À Bushwick, la visite guidée fait un arrêt dans un magasin branché qui vend du café et du pain bio.» Avant de conclure: «Un jour, dans un futur pas si lointain, les graffitis que les touristes ont payé pour voir pendant la visite guidée seront les seules reliques de ceux qui ont vécu dans ce quartier.»

  • Un vol en Albatros

    Il est des amours qui dépérissent au fil du temps. Et d'autres qui restent intactes. Ma flamme pour les avions de chasse n'a jamais disparu. Quand j'étais petit, mes camarades étaient fascinés par les petites Majorette. Ils en avaient des cartons entiers. Mais en ce qui me concernait, c'était les avions militaires. Il y avait des maquettes d'avions partout dans ma chambre. Je ne sortais jamais sans eux. Et quand mes amis proposaient de jouer avec leurs petites voitures, je foutais le dawa dans leur parc automobile et m'en allais jouer avec mes avions. J'étais peut-être un peu sociopathe, maintenant que j'y pense. :-) Je suis aujourd'hui adulte, mais cette affection-là est toujours entière. Des maquettes d'avion de chasse dans mon bureau. Il fallait donc bien qu'un jour, je découvre ce qu'on ressent à bord d'un avion de chasse. Et c'est ce que j'ai fait il y a quelques jours, lors d'un vol en avion de combat. Depuis le temps que j'en rêvais que je craignais par-dessus tout que ce vol ne soit pas à la hauteur. De sortir de l'appareil et de me dire que ce n'était pas si sensationnel que ça. Mais ça ne s'est pas passé comme ça. Lorsque je suis sorti de l'appareil, j'avais l'impression d'avoir passé une heure dans un sèche-linge. A pleine puissance. Cette expérience s'est avérée encore plus démente que ce que j'avais imaginé. A certains moments, je dois bien admettre que j'ai dû lutter pour ne pas paniquer. Je comprends mieux pourquoi j'ai eu autant de mal à trouver des retours d'expérience sur de tels vols sur le web. Avec le recul, il n'y a pas de mots pour décrire ce que j'ai vécu. Pour décrire ce qu'on ressent au moment où on enfile sa combinaison de vol. Lorsqu'on monte à l'intérieur du cockpit. Et quand, dès la première boucle, on pèse soudain 6 fois son poids. Il n'y a aucun mot pour raconter ça. Mais il fallait quand même que je le dise ici : j'ai volé à bord d'un avion militaire. Retrouvez toutes les infos sur ce de vol en L-39 en suivant le lien. http://www.vol-l39.com

  • Japon : une nouvelle constitution

    La Constitution pacifiste du Japon est inchangée depuis 70 ans mais les nationalistes qui cherchent à l’amender, chef du gouvernement en tête, se préparent à une nouvelle offensive notamment à la faveur des menaces nord-coréennes grandissantes. Cette charte fondamentale dictée par l’occupant américain après la défaite japonaise de la Seconde guerre mondiale et entrée en vigueur le 3 mai 1947, est vue par les nationalistes comme une humiliation. « Le temps est venu », a déclaré lundi devant 1.000 personnes le Premier ministre Shinzo Abe dans un discours à l’attention des partisans d’un amendement. « Nous allons faire au cours de cette année charnière un pas historique vers notre objectif majeur d’une révision constitutionnelle ». Les champions d’un changement connaissent à présent leur « meilleure chance » de parvenir à leurs fins, estime Kenneth Ruoff, professeur d’histoire du Japon à l’Université de Portland, aux Etats-Unis. Les partis favorables à un amendement sont en mesure de constituer la majorité des deux tiers dans les deux chambres, nécessaire au vote de modifications. Celles-ci seraient néanmoins soumises à référendum, un obstacle majeur. Pour la majorité des Japonais, l’article 9 de la Constitution, qui consacre la renonciation « à jamais » à la guerre, est précieux: il tourne la page de l’impérialisme et des atrocités de l’armée japonaise avant et pendant le conflit, ainsi que de l’horreur des bombes atomiques larguées par l’armée américaine en août 1945 sur Hiroshima et Nagasaki. De leur côté les nationalistes estiment que ses défenseurs sont dangereusement déphasés par rapport aux réalités géopolitiques actuelles, comme les programmes nucléaire et de missiles balistiques de la Corée du Nord. « La ligne de fracture de la politique japonaise passe bien par la Constitution », résume M. Ruoff. Le Parti libéral démocrate (PLD), au pouvoir de façon quasi ininterrompue depuis 1955, ne cache pas sa volonté de longue date d’amender le texte. M. Abe lui-même, à qui ce projet tient à coeur, promet depuis longtemps de rendre la loi fondamentale plus compatible avec les valeurs japonaises telles que perçues par les conservateurs: importance donnée aux obligations plus qu’aux droits, à la famille plus qu’à l’individu. Quant à l’article 9, s’il est peu probable que les conservateurs visent son retrait, ils prônent un changement dans les termes qui y sont employés, en y inscrivant la reconnaissance des forces d’autodéfense en tant qu’armée et une affirmation claire du droit du Japon à se défendre. La Constitution n’a jamais été amendée mais interprétée de manière à assouplir certaines contraintes, comme lors du passage en septembre 2015 de lois qui permettent en théorie aux forces d’autodéfense d’appuyer un allié en difficulté à l’étranger.